Oman

Publié le par Loïc Le Ribault

IL ETAIT UNE FOIS...


    Il était une fois,en Arabie,un jeune prince qui rêvait...
    Qui rêvait à un monde meilleur.
    Un rêve irréalisable: il voulait rendre ses sujets heureux.

    Mais il n'avait pas de sujets. Ou, du moins, pas encore: son père le Sultan Said Bin Taymur régnait sur Oman en maître absolu depuis 1932.

    On était en 1970, et l'homme venait de marcher sur la lune.
    Mais le Sultan s'opposait à tout changement de quelqu'ordre que ce fût avait fermé les frontières du pays aux étrangers et s'opposait à toute influence extérieure.
    Les portes de Muscat la capitale étaient fermées la nuit et la ville soumise au couvre-feu. Le port de lunettes le football la musique la bicyclette étaient interdits. Il n'existait aucune voie de communication interne, l'industrie était inexistante. Et le Sultan avait mis en résidence surveillée son fils, dont les idées l'inquiétaient.

    Le 23 juillet 1970, après un coup d'Etat sans effusion de sang, le fils destitua enfin son père et prit sa place. L'objectif du nouveau Sultan, Qaboos bin Said al Said, alors âgé de 30 ans était de faire accéder son pays à la modernité tout en en préservant le caractère et l'héritage culturel de celui-ci. Une tâche apparemment impossible.

    

    Pour atteindre ses objectifs, il s'en donna d'abord les moyens: aujourd'hui le Sultan est à la fois Chef de l'Etat, Premier Ministre ministre de la Défense, des Finances, et des Affaires étrangères. Le Conseil des ministres compte un Premier ministre adjoint 24 ministres et 3 ministres d'Etat. Ce souverain absolu veut faire évoluer progressivement son pays vers un statut de démocratie parlementaire mais il estime avec sagesse que les mentalités encore imprégnées de tribalisme, ne sont pas encore mûres.

    En 2006, on peut dire que le Sultan a atteint son but au-delà de toutes ses espérances:
    Le Sultanat d'Oman a une surface de 309,500 km pour une population d'environ 2 millions et demi d'habitants (difficile à savoir exactement avec les Bédouins qui se promènent dans le désert...). L'Islam imprègne profondément la vie quotidienne des Omanais; pratiqué par 86 % de la population, il se rattache majoritairement ici au culte Ibadi, réputé pour sa simplicité et sa modération.
    Le Sultan condamne d'ailleurs officiellement le fanatisme fondé selon lui sur un manque de connaissance véritable des préceptes de l'islam et générateur de violence et de haine.
    La tolérance religieuse est de rigueur, et il existe en Oman plusieurs églises catholiques et temples hindous. La politique sociale est aussi marquée par la tolérance et les femmes jouent un tôle équivalent à celui des hommes dans la haute administration et la direction des entreprises. Le Sultan cultive les relations internationales et affirme son engagement pour une politique de paix et de respect des droits de l'homme.

    En 1996, il a d'ailleurs été proposé comme candidat au Prix Nobel de la Paix, pour (selon un journaliste) avoir fait de son pays «un exemple de justice et de développement pour tout le reste du Moyen-Orient ,et une grande partie du monde entier».

    Il joue aussi un rôle très important dans la recherche de solutions pacifiques aux problèmes du Golfe. Les frontières d'Oman sont désormais grandes ouvertes.


    Le pays est doté d'un aéroport international d'un port de commerce moderne et le tourisme est encouragé dans le strict respect des traditions et de l'environnement.
    On trouve des chaînes de radio (depuis 1970), un réseau de télévision (depuis 1974), un réseau téléphonique ultra moderne par satellite internet (depuis 1996),et trente-cinq journaux et magazines en anglais et en arabe.
    Les principaux monuments historiques (et ils sont nombreux!) ont été admirablement restaurés. Les handicapés bénéficient d'avantages fiscaux et des dons sont octroyés par l'Etat aux personnes dans le besoin. En Oman vivent environ 15 % de travailleurs immigrés (surtout Indiens et Pakistanais), qui ne font l'objet d'aucune discrimination et dont les enfants sont accueillis dans des écoles spécifiques à chaque nationalité.
    Le chômage est inconnu.
    L'impôt sur le revenu des particuliers aussi.

    Chaque année le Sultan se rend dans une région différente et rencontre ses sujets qui peulent s'entretenir librement avec lui.
    Et, fait extraordinaire, les doléances et les suggestions justifiées sont non seulement écoutées mais aboutissent à des améliorations de la vie communautaire.

    La corruption est sévèrement punie quel que soit le rang du coupable et un ministre pris récemment la main dans le sac médite actuellement sur la paille sèche de la prison.

    La nature est méticuleusement protégée avec la création de nombreuses réserves naturelles, l'interdiction absolue de la chasse la protection des espèces menacées et la réintroduction d'espèces indigènes disparues.

    C'est le cas de l'Oryx, dont le dernier spécimen avait été assassiné par un chasseur en 1972. Et le Sultan ne plaisante pas sur le sujet : en février 2006, cinq braconniers qui avaient tué trois oryx furent condamnés chacun à trois ans de prison (plus un an supplémentaire pour celui qui détenait l'arme du crime).

    Ce respect de la vie est flagrant à l'occasion des traditionnels combats de taureaux.
    Rien à voir avec le massacre des corridas espagnoles où un homme armé affronte sans gloire un animal affaibli; ici s'affrontent en tête à tête et loyalement deux taureaux de force égale du même âge et du même poids. Chacun a une patte attachée à une corde tenue par des hommes qui la tirent si besoin est pour séparer les combattants en cas d'excès de violence.Toutes les précautions sont prises pour éviter la moindre effusion de sang et,en cas d'accident,des soigneurs interviennent aussitôt pour soigner la victime.
    Eh oui: le Sultan interdit la maltraitance des animaux!
    Bien sûr, les combats de taureaux ne sont source d'aucun profit financier (les paris sont illégaux en Oman), et ne sont organisés que pour le plaisir des spectateurs et des éleveurs. Même l'entrée est gratuite.

    Toute la journée (et même la nuit) des équipes de nettoyage ramassent le moindre papier et le plus petit mégot. Les nettoyeurs exercent même en plein désert. Par comparaison avec Oman, la Suisse fait figure de pays sale et mal entretenu, c'est dire...

    Le conducteur d'une voiture poussiéreuse fait l'objet d'une réprimande et tout véhicule endommagé doit être réparée dans la semaine suivant l'accrochage, sous peine d'amende. Le vente d'alcool est interdite sauf pour les non musulmans qui peuvent se procurer une licence d'achat. Il va de soi que la conduite en état d'ébriété vaut la prison immédiate.
    La détention de drogue aussi et le barème usuel dans les pays du Golfe est appliqué ici:1 gramme de drogue égale 1 an de prison. Les dealers eux, risquent tout simplement leur tête.

    En 1970,on comptait dix kilomètres de routes pavées.
    Aujourd'hui 8.000 km de routes asphaltées parcourent le pays dont une importante proportion à quatre voies. Il convient d'y ajouter 30.000 km de pistes nivelées et régulièrement entretenues.Sur les grands axes chaque rond-point est orné d'une décoration centrale évoquant les traditions omanaises.

    De 12 lits d'hôpital en 1970, Oman en compte désormais... plus de 3.000!
    54 hôpitaux, 118 centres médicaux, 5 polycliniques, 500 cliniques privées sont répartis dans l'ensemble du pays. Les régions les plus isolées sont desservies par des équipes de médecins à domicile. Oman est actuellement classé par l'Organisation Mondiale de la Santé comme le 8ème pays ayant le meilleur système de santé du monde. Soins et traitements sont gratuits pour tous les Omanais et l'espérance de vie est passée de 49 ans en 1970 à 71 ans aujourd'hui.

    En 1970, trois écoles primaires (strictement réservées aux garçons) hébergeaient 900 élèves. En 2006, Oman compte plus de 1.000 établissements publics d'enseignement, 123 établissements privés et un nombre d'élèves qui dépasse les 500.000.
    81 % des filles et 85 % des garçons de 6 à 18 ans sont scolarisés et les enfants vivant dans les parties les plus reculées du pays sont transportés aux cours par hélicoptère.
    La magnifique université Sultan Qaboos accueille plus de 10.000 étudiants.

    Il est exceptionnel de voir un policier dans la rue et pourtant Oman est un des pays les
plus sûrs du monde.

    Voilà donc le bilan (très incomplet...) de 35 ans de pouvoir absolu du Sultan Qaboos bin Said al Said. Le 12 février 2006,le journal Times of Oman publiait en première page cette phrase magnifique du Sultan: «Nous avons encore beaucoup de rêves à réaliser».

    Pourtant,presque personne en Occident ne connaît Oman.
    D'ailleurs, pourquoi en parlerait-on?

    Comme le disait un journaliste «on ne fait pas un bon article avec un train qui arrive à l'heure, mais avec celui qui déraille»... C'est bien dommage.
    Et c'est pourquoi j'ai eu envie de parler de ce pays dont on ne parle jamais parce que c'est un pays heureux...

   

Loïc Le Ribault

   

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