Vivre moins vieux...

Publié le par Vivre Debout

«Nous vivrons moins longtemps que nos parents.»

C'est, en tous cas, ce qu'affirme
Claude Aubert, ingénieur agronome et expert dans le domaine de l’alimentation, dans un ouvrage intitulé «Espérance de vie, la fin des illusions». Il y explique comment la pollution, le tabac et l’obésité pourraient devenir des "bombes à retardement démographiques". Selon lui, les projections officielles d'espérance de vie sont faussées et la courbe devrait, au cours des prochaines années, s'inverser.

Des statistiques à revoir à la baisse...

86 ans en 2050 selon l'Insee, 103 ans en 2300 selon l'ONU: les projections de l’espérance de vie semblent pour le moins optimistes. Pour Claude Aubert, elles sont en réalité totalement fausses. Cet ingénieur agronome, spécialiste de l’alimentation et de l’agriculture biologique, vient de publier un ouvrage dans lequel il explique que "nous vivrons moins longtemps que nos parents", de même que "nos enfants vivront moins longtemps que nous". Les  démographes selon lui se trompent, puisqu’ils ne prennent pas en compte les véritables «bombes à retardement» que sont l’obésité, les maladies dues à l’amiante, le tabagisme et les impacts de la pollution sur notre santé.

Ainsi l’obésité, phénomène qui connaît une croissance rapide, pourrait à elle seule faire diminuer notre espérance de vie de 2 à 5 ans. Aujourd’hui, aux Etats-Unis 60% des adultes sont en surpoids ou obèses. En France, le chiffre atteint 40% (Enquête Inserm 2003). "Si aux Etats-Unis les pouvoirs publics commencent à s’en préoccuper, la communauté scientifique reste très inquiète", explique Claude Aubert. "Quant à la France, on ne peut pas dire que les autorités aient une réelle politique face au problème".

Par ailleurs, si l'on a longtemps cru que l’obésité était une maladie des pays riches, Claude Aubert montre qu’elle progresse encore plus vite dans les pays émergents. L’obésité et le diabète pourraient devenir la première cause de mortalité, devant le tabac, et faire considérablement baisser l’espérance de vie, (moins 7 ans pour un obèse). Hormis la sédentarité, Claude Aubert accuse largement l’industrie agro-alimentaire d’être responsable de vendre des «produits trop gras, trop sucrés» auxquels sont incorporés des additifs et des arômes favorisant le surpoids.

Les multiples retombées de la pollution

Autre facteur d’obésité moins souvent évoqué, la pollution perturbe également l’équilibre hormonal et les cellules des tissus adipeux. C’est notamment le cas des perturbateurs endocriniens, qui modifient l’équilibre hormonal du fœtus, équilibre dont dépend la régulation du poids. De même, certains insecticides, présents dans notre organisme, ralentiraient le métabolisme et par conséquent, les dépenses énergétiques. Pour autant, les conséquences de la pollution sur notre santé ne se limitent pas, loin s’en faut, aux troubles hormonaux. Rappelant que 100.000 molécules chimiques sont actuellement utilisées sans jamais avoir été testées (à l’exception des pesticides), Claude Aubert estime que les générations nées à partir des années 70 connaissent une "exposition aux produits chimiques sans précédent". Et si certains composants ont été interdits depuis, les études scientifiques montrent qu’ils sont toujours présents dans tous les tissus humains.

"Par ailleurs", ajoute-t-il, "d’autres produits chimiques ont pris le relais dans l’environnement et dans notre corps depuis". La production de matières plastiques a été multipliée par 5 en 30 ans, celle de formaldéhyde (un composé organique volatil) par 6 en 40 ans. La pollution de l’air, de l’eau et des aliments imprègne le corps humain à long terme. Ainsi, des produits toxiques comme le DDT - interdit il y a 30 ans-, se trouvaient encore dans le sang des volontaires qui ont participé à l’étude menée par le WWF en 2003. Et des molécules tout aussi dangereuses ont également été trouvées chez tous les nouveaux-nés lors d’une enquête menée en 2005 par l’Environnemental Working Group, association américaine.

Les polluants passent en effet avec une grande rapidité (quelques heures) dans le placenta après avoir été absorbés par la mère. "En fait, ce sont probablement plusieurs centaines de molécules issues de l’industrie chimique qui passent chaque jour dans notre organisme", observe Claude Aubert. Des molécules dont on ne connaît pas réellement les impacts, puisque chaque matière active n’est testée que de manière isolée, jamais dans une version mélangée avec d’autres. "Les pesticides sont constitués de plusieurs matières actives, ainsi que d’adjuvants (…) Or, le produit commercialisé est parfois plus toxique que la matière seule, comme cela  a été récemment mis en évidence à propos du Round Up", explique encore Claude Aubert.

Les lanceurs d’alerte face à l’omerta de la science officielle

Les impacts des différentes pollutions auxquelles nous sommes exposées sont multiples: perturbation des fonctions de reproduction, affaiblissement du système immunitaire, forte croissance des cancers dus à la pollution, maladies de l’appareil respiratoire, explosion des maladies chroniques et cardio-vasculaires, etc. Pour autant, ces impacts ne pourront se vérifier qu’à long terme et ne sont effectivement pas pris en considération pour mesurer, aujourd’hui, notre espérance de vie. Seul l’amiante – qui est à l’origine d’un cancer spécifique - a été pris en compte, mais comme le rappelle l’auteur, "il a fallu de nombreuses années avant que plus personne ne puisse contester qu’il est à l’origine d’une véritable hécatombe".


Claude Aubert rejoint avec cet ouvrage le mouvement des «lanceurs d’alerte», qui, au sein de la communauté scientifique, tentent de prévenir l’opinion et les autorités politiques sur ces catastrophes sanitaires naissantes. Peu entendus jusqu’ici, certains estiment, comme André Cicolella, que les lanceurs d’alerte font face à un pouvoir «négationniste», incarné par la communauté scientifique «officielle» et les industries. Chercheur en santé environnementale, il a travaillé sur les effets des éthers de glycol au sein de l’INRS. Jusqu’à ce que sa hiérarchie annule au dernier moment un colloque qu’il devait tenir sur le sujet et rompe son contrat de travail pour "faute grave". Après 6 ans de procédure, la Cour de Cassation lui a donné gain de cause, reconnaissant «l’indépendance due aux chercheurs». Cette «loi du silence» que dénonce aujourd’hui une partie de la communauté scientifique, s’explique selon lui par le travail de lobbying de l’industrie et parce que "la croissance économique se nourrit des accidents, de la pollution et des maladies…"!!!

Espérance de vie, la fin des illusions, par Claude Aubert.
Editions Terre Vivante, Mars 2006.

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