Haro sur les nécro-carburants!

Publié le par Vivre Debout

Message relayé

Lettre d'information du MDRGF
Un nouveau livre, le 3 octobre 2007, chez Fayard,
sur les biocarburants


MESSAGE PERSONNEL
DE FABRICE NICOLINO


Certains d'entre vous le savent: j'ai écrit avec mon ami François Veillerette, président du MDRGF, un livre sur les pesticides, paru chez Fayard au printemps. Si je me permets de vous déranger à domicile ou presque, c'est pour la bonne cause, soyez-en certains.

Vous vous interrogez sur les biocarburants? Cela tombe bien. Je publie le 3 octobre, chez Fayard, un livre intitulé: La faim, la bagnole, le blé et nous. Sous-titre: une dénonciation des biocarburants. Je n’ai aucune raison de le cacher: c’est un livre de combat, car les biocarburants, arme de guerre et de mort, sont d’ores et déjà une tragédie planétaire.

En France, un lobby surpuissant, caché au coeur même du ministère de l’Écologie, défend l’indéfendable: faire rouler des bagnoles avec des plantes alimentaires. Pour complaire à l’agriculture industrielle, le gouvernement s’apprête à sacrifier un million d’hectares de jachères, refuge pour l’heure de la biodiversité ordinaire, celle des oiseaux des champs et des petits mammifères. À quelques semaines du Grenelle de l’environnement, cette question est simplement explosive. Que pourra dire M.Borloo du rôle de l’Ademe et d’Agrice, tous deux abrités par son ministère? Les discours sur la nature et la biodiversité sont justement cela: des discours. Pour les gogos.

Ailleurs dans le monde, c’est pire, infiniment. Le déferlement de plantations industrielles - palmier à huile, soja, canne à sucre - s’attaque aux ultimes forêts tropicales de la planète. L’Indonésie trucide ses derniers orangs-outans en faveur des biocarburants, sur des millions d’hectares. Des millions d’hectares. Le bassin du Congo, en Afrique, est gravement touché. L’Amazonie - le cerrado comme la forêt -, la Patagonie et sa pampa, se couvrent de soja, de canne à sucre industrielle et même d’arbres transgéniques, plus mous que ceux que nous connaissons. Pour en extraire plus facilement la cellulose,
matière première de choix pour les biocarburants.

Plus dramatique que tout: la faim menace des dizaines de millions d’humains supplémentaires. Par une sinistre contagion, les prix des denrées alimentaires de base flambent. Tout a commencé aux États-Unis, premier producteur mondial de maïs. Le quart - le quart, oui! - de cette production part dans des gigantesques bioraffineries, avant de rejoindre le moteur des 4X4. Un plein de bioarburants, dans ces énormes engins, représente la ration alimentaire annuelle de maïs pour un homme du Sud. Toute l’existence de base des paysans pauvres est déstabilisée par cette saloperie.

Et le plus inouï, c’est qu’à coup d’études tronquées, ou truquées, la propagande fait croire que les biocarburants seraient bons pour le climat. Je démontre dans mon livre, sans grande difficulté, que c’est tout le contraire. À qui profite ce crime écologique et social majeur? À l’agriculture industrielle, qui a pris le pouvoir en Occident après 1945. Mais aussi à nous, qui ne parvenons pas à remettre en cause la place démentielle de la voiture individuelle dans nos vies. Au reste, de nombreux “écologistes”, que je m’autorise à critiquer sans hésiter, soutiennent cette grande manipulation de l’opinion.

Je vous l’assure, et vous prie de me croire: ce livre a besoin de vous tous. Car il est un appel au secours en même temps qu’une invite à la révolte. Il faut tout de suite, tout de suite, arrêter l’infernal mécanisme. Pour ma part, bien au-delà de ce livre, je suis prêt. Et vous?

Le 13 septembre 2007, Fabrice Nicolino


Télécharger la table des matières ici.

Télécharger le chapitre 1 ici.

Télécharger l'épilogue ici.

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Message antérieur du 1er Septembre 2007, sur LiberTerre:


La faim, la bagnole, le blé et nous

Message de Fabrice Nicolino

Le Blog de Fabrice

Je suis journaliste (à Terre Sauvage et à La Croix), après avoir travaillé pour Politis, Géo, Le Canard Enchaîné, Télérama. Je suis le co-auteur, avec François Veillerette, du livre “Pesticides, révélations sur un scandale français” (Fayard, 2007). Si je me permets aujourd’hui de vous adresser ce message, c’est qu’il y a urgence, une urgence absolue.

Je publie le 3 octobre un livre intitulé “ La faim, la bagnole, le blé et nous”. (Fayard). Son sous-titre est clair: une dénonciation des biocarburants.  Je veux vous en parler directement. Vous pouvez certes y voir une banale opération commerciale, mais tel n’est pas le cas.

L’expansion fulgurante des biocarburants est une tragédie planétaire. Elle conduit en premier lieu à la stérilisation de millions d’hectares de terres agricoles et à l’aggravation tragique de la faim. Pour faire rouler des bagnoles. Savez-vous que le quart du maïs américain sert déjà à fabriquer du carburant automobile? Une telle révolution a des effets en chaîne sur toutes les céréales et plantes alimentaires, dont le cours explose.

Elle conduit également à la destruction de ce qui reste de forêts tropicales. En Indonésie, le palmier à huile menace tout à la fois l’homme, l’orang-outan et l’éléphant d’Asie, ridiculisant tous les grands discours sur la biodiversité. En Afrique, le bassin du Congo est attaqué. Au Brésil et en Amérique latine, on plante de la canne à sucre ou du soja partout. Pour remplir les réservoirs au détriment de la forêt et du cerrado, pourtant des écosystèmes uniques. Les biocarburants sont des armes de guerre et de mort.

Qui les soutient? L’agriculture industrielle, les transnationales et tous ceux qui leur sont soumis, dont nombre de journaliste hélas. En France, je décris un système complexe dont l’un des centres n’est autre que le ministère de l’Écologie de M. Borloo, à travers l’Ademe et un organisme méconnu, Agrice. À quelques semaines du “Grenelle de l’Environnement”, cela mérite d’être discuté. Mais je n’oublie pas tous les autres, y compris certains écologistes fort mal inspirés.

Car les biocarburants, comme je le montre, et malgré de rares études manipulées par lobby, ont un bilan écologique désastreux, qui aggravera l'effet de serre, quoi qu’en dise la propagande. Et en France, leur développement signe la fin de la jachère, refuge de la faune banale, des oiseaux et petits mammifères.

Au fait, savez-vous qu’une usine du Havre transformera dès 2008 des animaux en biocarburants? Et qu’on tente de faire pousser, par génie génétique, des arbres mous, permettant d’extraire leur cellulose, matière première des biocarburants?

Ce monde est fou, et sans la moindre morale. J’ai fait ce que je pouvais, c’est-à-dire mon job. Pour tenter d’arrêter cette insupportable machine, j’en appelle solennellement à vous. Agissez! Agissons ensemble.

Fabrice Nicolino, le 1 septembre 2007


http://www.liberterre.fr/actualiterres/nicolino.html

Publié dans Combats écologiques

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boeglin 13/10/2007 20:48

en réponse, ci-dessous, copie de la lettre adressée par la présidente de l'ADEME, Michèle Pappalardo, à Monsieur Nicolino ce 12 octobre,
 

bien sincèrement,
 

nadia boeglin
 

conseillère de la présidente
 

 
 


 

Monsieur,
 


 

Dans votre ouvrage « La Faim, la bagnole, le blé et nous : une dénonciation des biocarburants », paru ce mois, vous citez à de nombreuses reprises l’ADEME, notamment dans votre chapitre 5 (« Derrière le rideau de la Comédie Française ») et dans votre chapitre 8 (« La grande manipulation du climat »).
 


 

L’ADEME considère, sans souhaiter réagir de manière approfondie sur la forme de vos propos, que la présentation des faits que vous faites est parcellaire et orientée et qu’elle donne lieu à des conclusions inexactes. Ceci nous apparaît particulièrement évident en ce qui concerne vos affirmations sur AGRICE et sur les ACV (analyse de cycle de vie) des biocarburants.
 


 

Ainsi, il nous semble nécessaire de rappeler quelques faits :
 


 

Historiquement, AGRICE (agriculture pour la chimie et l'énergie) est un groupement d'intérêt scientifique (GIS) qui a été créé en 1994 à l'initiative des Pouvoirs Publics. Hébergé par l’ADEME, il a comme objectif de soutenir la recherche sur les solutions de substitution du pétrole par des matières premières végétales dans les domaines des carburants et de la chimie. La création de ce GIS a ainsi devancé la nécessité de rechercher des solutions alternatives aux ressources fossiles, nécessité actuellement encore plus cruciale qu'elle ne l'était à l'époque. De telles solutions ne pouvant de toute évidence être espérées que par une collaboration étroite entre la recherche publique et les entreprises.
 


 

En terme de légitimité, la création d’AGRICE s’inscrit pleinement dans les pratiques d’accompagnement de l’innovation qui consistent à rassembler les acteurs impliquées sur un domaine (les parties prenantes) afin de créer de l’interactivité et des stratégies cohérentes tant sur la recherche, le développement technologique, l’industrialisation, la réglementation, les financements et les usages. Le terme de « réseau », que vous stigmatisez et que nous revendiquons, a été introduit par le comité interministériel de décembre 1999, qui sur proposition du ministre de la recherche (Claude Allègre) créait les Réseaux de recherche et d’innovation technologique. Le fonctionnement du GIS AGRICE a été le modèle qui a préfiguré ce mode d’animation de la recherche, du développement et de l’innovation. Cette approche a également été développée au niveau européen sous le terme de « plateforme ». Ce mode de fonctionnement ne peut être confondu avec celui d’un « lobby ». Si le lobby porte les intérêts d’un groupe, le « réseau » a pour objectif de créer une dynamique collective et porteuse d’innovation, partagée par les différentes parties prenantes concernées.
 


 

Concernant l’ADEME, son implication au sein d’AGRICE est parfaitement fondée. Elle s’inscrit en effet pleinement dans les missions que le législateur lui a confiées : « la réalisation d'économies d'énergie et de matières premières et le développement des énergies renouvelables, notamment d'origine végétale » (Article R131-2 du code de l’environnement). Figurent également dans les compétences attribuées à l’ADEME, « l'orientation et l'animation de la recherche technologique » (art. R131-3). Le développement des agro-carburants ainsi que la recherche de solutions alternatives aux ressources fossiles se trouvent donc de fait dans les technologies développées avec le soutien de l’ADEME. Les travaux soutenus concernent les agro-carburants de première génération mais aussi ceux de seconde génération, dont tous s’accordent à reconnaître l’intérêt prometteur majeur. Les aides de l’ADEME à la recherche ont un effet levier incitatif important. Si, pour les entreprises, les aides sont comprises entre 25 et 50% du montant des recherches, le montant total des recherches réalisées représente environ 3 fois le montant des aides apportées. A travers le programme AGRICE, c’est ainsi plus de 300 projets partenariaux de recherche (recherche collaborative) qui ont été soutenus et qui ont permis des avancées significatives dans les domaines des carburants et de la chimie du végétal.
 


 

Quant à vos attaques sur la confidentialité des résultats de recherches soutenues par des financements publics, confidentialité que vous prétendez anormale et totale, le positionnement de l’ADEME est clair en matière de publication des résultats des études et recherches qu’elle subventionne. Ainsi, quand une demande de confidentialité, dûment motivée, est faite par le bénéficiaire d’une aide - ce qui se comprend fort bien dans le cas de développements industriels notamment - elle est toujours assortie d’une durée limitée dans le temps et de la publication d’un rapport public, dès l’achèvement des travaux de recherche. Tous les rapports non confidentiels peuvent être consultés dans les centres de documentation de l’ADEME, voire sont consultables en ligne. Le contact avec les centres de documentation est disponible sur le site I’Internet de l’ADEME : www.ademe.fr .
 


 

Pour ce qui concerne les travaux menés sur l’évaluation environnementale des agro-carburants, les avis diffèrent certes sur les résultats des analyses de cycle de vie (ACV) et les conséquences du développement des agro-carburants. Mais ces divergences ne sont pas le fruit d’actions concertées de quelconques lobbies mais résultent de choix méthodologiques différents et d’une diffusion aujourd’hui imparfaite des connaissances, dans le domaine en pleine évolution de l’évaluation environnementale des problématiques touchant le secteur agricole. Des différentes études publiées sur ce thème (dont celle menée par l’ADEME et la DIREM en 2002 et associant aux travaux d’un consultant indépendant un comité de pilotage rassemblant l'ensemble des acteurs représentatifs du domaine : organismes de recherche publique, instituts techniques agricoles, industrie pétrolière, filières agro-industrielles), ressortent des variations importantes dans l'ampleur du bénéfice apporté par les agro-carburants mais ces études conduisent toutefois très majoritairement à une évaluation positive de ce bénéfice. En vue de réduire les divergences constatées sur cette question environnementale majeure, l’ADEME a pris l’initiative de réunir l’ensemble des parties prenantes, associations et experts, dans le cadre d’un groupe de travail national sur les agro-carburants, lieu de réflexion où chacun peut s’exprimer sur les travaux en cours. La première réunion, tenue le 27 septembre dernier, a permis de dresser un panorama de l’état actuel des connaissances et des points sur lesquels il nous faut, en toute transparence, travailler. Dans le même temps et en coordination avec les représentants de ce groupe de travail, l’ADEME a également initié une étude visant à définir un référentiel méthodologique commun pour l'établissement des bilans environnementaux des agro-carburants prenant en compte les différentes méthodes en présence afin de fournir des propositions à porter au niveau européen. Cette étude fera appel à un comité de pilotage associant les différentes parties prenantes et aux travaux d’un consultant indépendant.
 


 

Ainsi, qu’il s’agisse de ce dossier particulier ou de nos activités en général, vos insinuations quant à la manière orientée dont nous conduirions nos évaluations sont totalement infondées.
 


 

L'ADEME dément ainsi formellement les propos insultants et les insinuations tendancieuses que vous vous permettez d'émettre sur elle ou sur certains membres de son personnel, en particulier Monsieur Maurice Dohy. Les interprétations erronées que vous faites sur les compétences supposées et le manque d’impartialité du personnel de l’agence sont purement gratuites et en totale contradiction avec le professionnalisme et l’expertise de ses ingénieurs, notoirement reconnus par les milieux scientifiques.
 


 

Convaincue que l’urgence est aujourd’hui au débat pédagogique pour éclairer nos concitoyens dans leurs choix et non à l’échange d’invectives, je regrette profondément la manière dont vous avez abordé ce débat, manière polémique plus susceptible de nuire à la nécessaire mobilisation de tous pour relever les défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés que d’y apporter un éclairage constructif.
 


 

Espérant que le débat sur ces questions retrouve le sérieux et l’objectivité qu’il mérite,
 


 


 

                                      Michèle PAPPALARDO